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21 Feb

"Loving v. Virginia"

Publié par Grégory Cotelle  - Catégories :  #Cinéma, #Critique, #Grégory Cotelle

"Loving" est peut-être un film qui ne marquera pas le cinéma, car ses acteurs ne sont pas les plus populaires, son réalisateur n'est pas le plus reconnu, on peut même lui faire des reproches, mais c'est un film nécessaire, s'inscrivant dans un devoir de mémoire salutaire.

"Loving v. Virginia"

L'histoire s'inspire de la vie de Mildred et Richard Loving, un couple mixte, elle étant noire, lui blanc. Aujourd'hui, même si les mentalités évoluent, même si dans l'esprit collectif, et dans la grande majorité des cas, un tel couple est "normal" (notez l'ironie dans ce besoin de mettre des guillemets), ce n'était pas le cas dans l'Amérique ségrégationniste de la fin des années 1950.

"Loving v. Virginia"

Alors dans un premier temps, on regarde le film en se disant qu'il s'agit d'une histoire d'amour traditionnelle, même si elle parait compliquée. Le couple décide de s'unir légalement, avec pour seul témoin le père de la mariée. Tout est fait pour nous faire comprendre que c'est une histoire simple. Richard s'affiche publiquement avec sa compagne, alors qu'ils ne sont pas encore mariés, et même si cette union interracialle ne plait pas à tous, même si certains regards sont pesants, rien ne semble pouvoir ternir cette histoire ordinaire.

 

Et pourtant.

"Loving v. Virginia"
"Loving v. Virginia"

L'état de Virginie les poursuit en justice et le couple est condamné à une peine de prison. Leur seule issue, accepter de quitter l'Etat pour échapper à l'emprisonnement.

 

Alors on assiste à un exil, mais sa subtilité vient dans le fait que cette exclusion se fait sur le même territoire. On ressent alors toute l'ambiguïté des Etats-Unis, ses paradoxes. Là où il est interdit telle chose dans un Etat, celle-ci est autorisée dans un autre. Les Loving s'installent à Washington, à 150 kilomètres de chez eux, de leurs proches, de leurs habitudes.

 

Ils vivent dans un environnement qui ne leur convient pas. De la campagne à la ville. Et même si leur amour leur suffit, leur vie devient pesante, compliquée, jusqu'à ce que Mildred décide de lancer une bouteille à la mer, d'envoyer un courrier pour implorer de l'aide, et que leur couple soit pris en charge pour lutter contre l'injustice.

"Loving v. Virginia"

Le film ne vous emmènera pas vers des sommets chevaleresques, là où il atteint la grandeur, c'est dans sa sobriété. Car il est à l'image de ce qu'on été Mildred et Richard. Quand ils sont arrêtés, on s'attend à ce que Richard explose, se batte, retourne au domicile du policier avec une batte de base-ball pour lui éclater le crâne. Non. Richard ne se rebelle pas. C'est un homme bon, calme, un mari et un père aimant, voulant simplement vivre sa vie.

"Loving v. Virginia"
"Loving v. Virginia"


Plusieurs fois, le film nous laisse croire que la trame va emprunter la voie de l'action, que l'intensité va monter, mais c'est pour mieux laisser retomber le soufflet. Et installer l'anxiété. Mildred et Richard, vont-ils, lorsqu'ils retournent voir leurs proches, être arrêtés ? Finir en prison ? Ou, par facilité, se séparer, ne plus s'aimer ?

 

Non. Leur amour leur suffit. C'est un fait établi rapidement, et il sera constant dans tout le film. Même quand leur combat atterrit au bureau de Robert Kennedy, le frère du président, alors procureur général, ne vous attendez pas à de grands discours, à des envolées. Je le répète, c'est dans la simplicité que le film est un chef d'oeuvre.

 

Jusqu'à sa conclusion, un plan de vie quotidienne et quelques lignes venant achever leur histoire.

"Loving v. Virginia"
"Loving v. Virginia"
"Loving v. Virginia"

Le jeu des acteurs est brut, viscéral dans la mélancolie. Les personnages sont parfois rustres et servis par des interprétations justes. Ruth Negga (Mildred) donne de la douceur, Joel Edgerton (Richard) de la force, même Nick Kroll, dans son interprétation d'un avocat peu expérimenté, est d'une crédibilité sans faille. Le casting est aussi réussi dans les second rôles, Marton Csokas, le sheriff inquiétant, Michael Shannon, le photographe. Le tout est d'une crédibilité impressionnante, et ce n'est pas uniquement dû au fait que le film s'inspire d'une histoire vraie, cette histoire est traitée avec tout le respect qui lui est due, et Jeff Nichols, son réalisateur, signe là une mise en scène subtile.

(Les acteurs)(Les acteurs)
(Les acteurs)(Les acteurs)

(Les acteurs)

Ce film est pour rappeler ce que les Loving ont fait pour la liberté, pour l'égalité. Pour le droit de s'aimer sans condition d'origine. Remettant aujourd'hui, en 2017, un accent sur ce fameux "vivre-ensemble", répété et scandé à l'infini, presque jusqu'à l'overdose, et rappelant qu'en matière d'amour et de tolérance, il n'y en a jamais trop.

"Loving v. Virginia"

Photos de Grey Villet :

La véritable histoire :

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Angelilie 18/03/2017 14:22

beau blog. un plaisir de venir flâner sur vos pages. une belle découverte et un enchantement. N'hésitez pas à venir visiter mon blog. au plaisir

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