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21 Mar

Recrutement : avis défavorable.

Publié par Grégory Cotelle  - Catégories :  #Grégory Cotelle, #Travail

Recrutement : avis défavorable.

Pour ceux qui ne le savent pas, je suis enseignant de la conduite automobile et de la sécurité routière, voiture et poids lourds, et j'exerce dans une entreprise de transports où je participe au recrutement.

 

Je mets en place des essais conduite, me permettant d'évaluer des candidats lorsque ceux-ci postulent pour un poste de conducteur routier.

 

Le 16/03/2017, j'ai émis un avis défavorable pour un candidat, M. XXXX (son anonymat est garanti). Le siège social de mon entreprise est dans la région de Rouen, et nous avons différentes agences, dont une dans les environs de Caen, agence pour laquelle M. XXXX postulait. Donc notre procédure de recrutement, nous avons demandé à M. XXXX de se présenter au siège social pour l'entretien. Mes commentaires, sur la fiche de rapports, ont été les suivants :

 

Avis conduite : "Manque d'expérience. De mauvaises décisions (attend quand il pourrait passer, et pire, veut passer quand il n'a pas le temps). Oublis clignotants. Peu à l'aise, manque de pratique."

 

Avis comportement : "Explique en long, en large et en travers qu'il a pris les formations aux permis à la légère, ça se ressent aujourd'hui. Besoin d'expérience et de formation."

 

J'ai donc émis un avis défavorable, axant mon bilan sur les erreurs de conduite, l'inexpérience, les maladresses, mais gardant pour objectif de pouvoir en retirer quelque chose de positif pour le candidat, car même s'il s'agit d'un échec, j'espère pouvoir lui donner des clés pour progresser et peut-être décrocher un emploi. Mais forcément autre part.

 

Mon directeur, suite à mon bilan, a décidé de ne pas donner suite. Le lendemain, M. XXXX nous a envoyé un mail :

 

"Bonsoir monsieur ! Je me permet de vous envoyer ce mail car vous m'avais fait faire ce jour 237km pour me rendre à vous pour à la finale entendre dire que je ne dispose pa de compétence n'essaicaire pour travailler chez vous de la part d'un formateur qui m'a dit lui même qui n'a jamais rouler je pensse en tout cas avoir plus d'expérience que lui ce que je trouve manquer de respect mon chere monsieur ces de faire déplacer les gens sur autant de km pour a là final leur dire merci au revoir sans même les dédommager du déplacement car je me suis lever à 6 h ce matin pour entendre un uncapable de formateur me dire que pour lui jetait pa assez bon jai pourtant travailler chez XXXX en interim plusieur mois et je n'es jamais cassez un camions demandez vous même à monsieur XXXX qui ét directeur adjoint de XXXX en tout cas je signal à pôle emploi votre façon d'agir avec les personne qui postule chez vous !

De leur faire faire autan de kilomètre pour le plaisir de votre formateur qui lui orez grand besoin d'avoir l'expérience de la route car les bouquins sa suffit pa pour juger un chauffeur pour moi vous m'excuserai d'avoir était correct avec lui Mês l'envie de lui dire que c'était un chariot ne me manquer pa vous lui direz pour moi vous ne devez guerre valoir mieux pour ne même pa daigner me recevoir pour me dire que vous préférez écouter votre formateur en carton je ne manquerez pa d'en parler à XXXX (la boîte d'intérim) à locazion"

 

Cela nous a fait beaucoup rire, mais je ne pouvais pas laisser passer. Certains me reprocheront de la condescendance, un manque de subtilité, mais c'est voulu, surtout que trop d'intertextualité aurait été une difficulté supplémentaire pour M. XXXX. Voici donc ma réponse :

 

"M. XXXX,

 

Je  reviens  vers  vous  concernant votre retour quant à notre rencontre du 16/03/2017 (votre  mail étant ci-après), lorsque vous vous êtes présenté à notre  site  dans le cadre d’un recrutement, sur un poste de conducteur routier.

 

Ce qui va suivre va peut-être vous paraître compliqué, mais je vous demande de rassembler toutes vos capacités pour en comprendre le sens.

 

La  procédure  de  notre  recrutement  veut que nous effectuions un test de conduite  nous permettant à la fois d’apprécier les aptitudes d’un candidat ainsi  que  son  profil  (notamment  comportemental).  Il est vrai que vous postuliez  sur un poste à pourvoir sur notre agence du Calvados, et que  nous  vous avons demandé de vous déplacer en Seine Maritime, mais sachez  que le Pôle Emploi met en place une aide à la mobilité lorsque vous vous rendez à un entretien d’embauche :

 

 

Certes,  il  s’agit de calculs savants à effectuer, n’étant pas à la portée de  tout le monde, mais je vous invite vivement à entrer en contact avec un professionnel, pourquoi pas quelqu’un du Pôle Emploi justement ?

 

Donc  pour revenir sur vos termes : « vous m'avais fait faire ce jour 237km pour  me  rendre à vous pour à la finale entendre dire que je ne dispose pa de compétence n'essaicaire pour travailler chez vous »

 

Sans  revenir  sur ces 237 km, je vais vous expliquer les raisons qui m’ont poussé  à  ne  pas  donner suite à votre candidature.  Il est vrai que vous manquez  d’expérience,  mais  cela  n’a  en  rien influencé mon choix, nous recrutons  régulièrement  du  personnel,  et  même des candidats tout juste titulaires de leurs formations poids lourds, sauf que ceux-ci sont, lors de l’entretien,  jugés  aptes  à exercer le métier dans notre entreprise, dans des conditions suffisantes de sécurité , ce qui n’a pas été votre cas.

 

A  plusieurs  reprises, vous avez pris de mauvaises décisions sur la route.

 

Je reviens sur deux exemples.

 

Le premier, avenue Jean Baptiste Lebas :

Recrutement : avis défavorable.

Intersection  régie par un panneau « cédez-le-passage », à laquelle je vous ai  demandé  à  tourner  à  droite, et où vous vous êtes arrêté sans raison valable. Certes des usagers occupaient la voie de droite au loin, mais leur comportement indiquait clairement qu’ils se rendaient dans une usine, et le fait  qu’ils soient arrêtés sur la route ne laissait guère de doute quant à leurs  intentions.  Vous  auriez  clairement  eu  le  temps de passer, sans risque,  et  sans  bloquer  la  circulation comme vous l’avez fait, évitant ainsi   aux  éventuels  usagers  vous  suivant  de  prendre  des  décisions inadaptées,  car  ne comprenant pas votre décision inadéquate. Mais vous ne pouviez  pas savoir ce qui se passait derrière vous vu le peu d’intérêt que vous portiez à vos rétroviseurs.

 

Ensuite,  dans une situation similaire, mais bien plus grave, avenue Eugène Varlin :

Recrutement : avis défavorable.

Intersection régie par un panneau « stop », à laquelle je vous ai demandé à tourner  à  gauche.  La présence des deux côtés d’autres usagers (des poids lourds),  ne  vous  donnait  d’autre  opportunité que d’attendre et de leur céder  le passage, or, il a fallu une intervention verbale de ma part, pour vous  dire  de ne pas passer. Vous engager vous expose à plusieurs risques.

 

La  mort,  bien  sûr,  mais  visiblement  vous  devez faire partie de cette catégorie   de   personne   dont   la   signification   du  risque  occulte volontairement   les  aspects  physiques,  biologiques,  médicaux,  et  les conséquences  d’un  choc  avec  un ensemble routier de 44 tonnes. Mais même sans  en  arriver  à  de  tels  extrêmes,  c’est pour votre autorisation de conduite  que je m’inquiète, car vous ne souhaitiez pas respecter l’article R.415-6 du code de la route : « à certaines intersections indiquées par une signalisation  dite  « stop » tout conducteur doit (…) céder le passage aux véhicules  circulant  sur  (…) les autres routes et ne s’y engager qu’après s’être  assuré qu’il peut le faire sans danger. »  (risque de suspension du permis pour une durée de trois ans au plus, réduction de quatre points).

 

Je  vous  épargne du nombre d’oublis de clignotants mais vous rappelle à l’Article R.412-10 : « Tout conducteur qui s’apprête à apporter un changement dans  la  direction  de  son véhicule (…) doit avertir de son intention les autres  usagers.  »  (risque  de  suspension  du  permis  de 3 ans au plus, réduction de trois points du permis de conduire).

 

Ces  différents points, ajoutés à votre manque d’aisance général, n’ont pas été en votre faveur. Mais c’est du côté de votre comportement que vous avez fait  pire. Vous m’avez expliqué, en long, en large et en travers, que vous aviez  raté  vos examens plateau des permis C et CE car vous étiez dans des groupes  de  candidats prenant les formations à la légère, alors forcément, en  homme  sérieux  que  vous  êtes,  vous avez suivi la meute. D’une part, sachez  que  cela  se ressent dans vos maladresses, mais surtout, évitez de vous  en  vanter  lors  de  vos  entretiens.  Vous êtes en contact avec des personnes  susceptibles  de  vous  offrir  un emploi, la technique la mieux adaptée,  et cela va peut-être vous paraître étrange, est de vous mettre en valeur.

 

Ensuite,  je reviens sur vos attaques à mon encontre. Entre autre : « de la part d'un formateur qui m'a dit lui même qui n'a jamais rouler je pensse en tout  cas  avoir  plus  d'expérience que lui ». C’est exact, vous avez plus d’expérience que moi en tant que conducteur routier pour la simple et bonne raison  que  je  ne  suis  pas conducteur routier, je suis enseignant de la conduite  automobile  et de la sécurité routière (voiture et poids lourds).

 

Mon  expérience  s’est  faite dans la pédagogie, et j’ai employé les bonnes méthodes pour vous accompagner lors de votre entretien, vous expliquant vos erreurs,  vous donnant les conseils pour les corriger à l’avenir. J’ai fait en  sorte  que notre échange ne soit pas totalement vain, qu’il ait servi à quelque  chose, que vous puissiez en tirer du positif. Aujourd’hui, vous ne semblez  guère avoir compris ces conseils au vu de votre mail, et j’en suis attristé.

 

Ensuite  :  « je me suis lever à 6 h ce matin pour entendre un uncapable de formateur  me dire que pour lui jetait pa assez bon jai pourtant travailler chez  Normatrans  en  interim  plusieur  mois  et  je n'es jamais cassez un camions  ».  Commencez  à  prendre l’habitude de vous lever de bonne heure, être   routier   ce   n’est  malheureusement  pas  avoir  des  horaires  de fonctionnaire.  Quant  au  fait  que  vous  n’ayez  jamais eu d’accrochage, peut-être  sont-ce  les autres que vous devriez remercier ? Ceux à qui vous refuser les priorités de passage, et évitent pour vous les accidents.

 

«  En tout cas je signal à pôle emploi votre façon d'agir avec les personne qui  postule  chez  vous  !  ». Permettez-moi donc de mettre Pôle Emploi en copie  de ce mail, pour qu’à leur tour ils sachent quel genre de personnage vous êtes, et ne manquent pas de mettre à votre dossier ma réponse.

 

« De leur faire faire autan de kilomètre pour le plaisir de votre formateur qui lui orez grand besoin d'avoir l'expérience de la route car les bouquins sa  suffit  pa  pour  juger  un chauffeur pour moi vous m'excuserai d'avoir était  correct  avec  lui ». Quel plaisir ai-je pu tirer de notre échange ?

 

Vous  n’avez guère compris mes recommandations. Donc hormis me faire perdre mon  temps,  je  n’ai  rien  de  positif  à  garder de notre rencontre. Mon expérience,  Monsieur,  je  le répète, ne se fait pas sur la route (concept qui  doit  vous  paraître abscons), et je ne vois pas en quoi vous avez été correct  avec  moi,  incapable que je suis à vos yeux. Mais l’intelligence, pourvu  qu’on  en  soit  pourvu,  donne toujours à celui qui l’utilise d’en avoir assez, vu que c’est avec qu’il juge.

 

«  Mês l'envie de lui dire que c'était un chariot ne me manquer pa ». Je ne sais  pas à quel genre de chariot vous faites référence. Les seuls chariots que  je connaisse sont élévateurs, peut-être me voyez-vous comme une entité supérieure ? Trêve de flatterie.

 

«  Vous  ne  devez  guerre valoir mieux pour ne même pa daigner me recevoir pour  me dire que vous préférez écouter votre formateur en carton ». Sachez que  mon  Directeur,  M.  XXXX,  également en copie de ce mail, suit mes remarques quand celles-ci sont justifiées. Votre comportement, à la fois le jour  de  l’entretien,  et  par  cet  échange  de mail, me conforte dans ma décision d’avoir donné un avis défavorable à votre candidature.

 

Enfin, et n’y voyez guère de symbolique, mais le fait que ma réponse ait dû attendre  aujourd’hui,  lors  de la semaine de la langue française et de la francophonie, est absolument fortuit.

 

En vous souhaitant bon courage dans vos recherches.

 

Cordialement,

 

Grégory COTELLE

DROIT DE RÉPONSE DU CONCERNÉ

 

Quelques jours plus tard, l'intéressé m'a répondu. Attention, soyez préparés, j'ai saigné des yeux.

 

"Bonjour suite à votre mail de formateur cultiver que vous avais l'air d'être puisque vous vous envoyer des fleurs tout seul lol je tenez a vous dire que pour être un vrai et bon formateur il fait avoir l'expérience de la route ces comme un boulanger qui n'a jamais fabriquer de baguette il ne pe évidament pa fabriquer du bon pain sans avoir pratiquer enfin pour finir jai un beau frère qui a était formateur après avoir était conducteur et qui ojourdhui à son auto école et qui contrairement à vous et j'en doute pa 100 fois meilleur que vous ét pour finir vous mettez en doute Mês compétence et à la conduite vous mettez donc en doute les compétences de l'inspecteur qui m'a jugez apte à la conduite d'un pl et dun spl fon vous permettez monsieur que je mette en doutes votre intelligence qui selon vous déborde de votre cerveaux et de vos cheveux tartiner de gel enfin bon parler avec vous ne me sert pa à grand choze votre esprit et tellement petit que jai pa envie de me rabaisser à un povre formateur.  Sans expérience derrière un volant Cdlt "

 

J'ai bien aimé l'argument du beau-frère (comme dans "L'appel trop con" de Rires et chansons), imparable, et mon "intelligence qui (...) déborde de votre cerveaux et de vos cheveux tartiner de gel ".

 

J'aurai bien pris encore du temps à démonter ses arguments mais déjà qu'ils n'ont pas été compris à la première salve, autant arrêter de dépenser de l'énergie. Je me suis donc contenté d'une réponse succinte :

 

"Monsieur,

Outre l’amusement que vous me procurez, je ne vais malheureusement avoir guère plus de temps à vous consacrer. Les explications que je vous ai données n’étant visiblement pas à votre niveau, il est inutile que je m’époumone d’avantage.

Cordialement,
 
Grégory COTELLE - Formateur"

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